Comme la cire docile, qui reçoit mille empreintes nouvelles, et sous des formes toujours variées, demeure toujours la même, l'âme reste la même aussi, sous la diverse apparence des divers corps où elle émigre.
Ovide, Les métamorphoses.

G. est de retour du Cambodge. Pour ma part, je me contente de voyager dans ma bibliothèque où il m'arrive de faire des découvertes qui si elles ne sont pas capitales m'apportent néanmoins une joie certaine.
Samedi, après avoir quitté S. et G., j'allai à la FNAC et me laissais finalement tenter par les Ecrits sur Schopenhauer de Clément Rosset (2001). La toile mouillée passée, j'ouvre le livre. Il s'agit d'un recueil qui regroupe trois textes consacrés par Rosset au philosophe allemand et déjà édités aux Presses Universitaires de France : Schopenhauer, philosophe de l'absurde (1967), Schopenhauer (1968), Esthétique de Schopenhauer (1969).
Oh surprise ! Ces paysages ne me sont pas inconnus. Où ai-je donc pu les visiter. Je ressors alors l'Essai sur le libre arbitre (1992) et Douleurs du monde (1990), tous deux de Schopenhauer, tous deux préfacés par un certain Didier Raymond. Et effectivement...

- Sur la définition de la pensée de Schopenhauer :

Conséquence de cette doctrine de la volonté, intervient la grande pensée de Schopenhauer : celle de la subordination des fonctions intellectuelles (représentation) aux fonctions affectives (volonté).
Ecrits sur Schopenhauer (p 41).
Schopenhauer introduit une innovation remarquable en philosophie : la subordination des fonctions intellectuelles aux fonctions affectives (suprématie de la volonté sur les fonctions de représentation)...
Préface à Douleurs du monde (p 19).

Suit pour les deux textes un développement identique faisant de Schopenhauer un précurseur de Nietzsche, de Freud avec le recours à la même citation de Freud à propos de la folie (Ce que dit Schopenhauer est rigoureusement identique à ma doctrine du refoulement)

- Sur le rôle de Schopenhauer :

Schopenhauer qui n'est pas, et ne veut pas être un interprète de l'univers, exerce en philosophie les fonctions précises d'un désillusionniste.
Ecrits sur Schopenhauer (p 45).
La mission fondamentale de la philosophie, telle que la comprend et la pratique Schopenhauer est d'imposer la désillusion : le philosophe schopenhauerien est avant tout un désillusionniste.
Préface à l'Esssai sur le libre arbitre (p 9)

- A propos de la liberté :

Ainsi l'eau, dit Schopenhauer, « peut » sans doute s'élever en vagues tumulteuses ou s'écouler tranquillement entre deux rives : encore faut-il qu'elle le « veuille » - entendons que le vent se lève pour l'agiter ou qu'un lit de rivière s'offre à elle. A l'eau il faut des causes, à l'homme des motifs qui ne font qu'exprimer sa volonté, laquelle devient par conséquent la condition de son action, non la marque de sa liberté.
Ecrits sur Schopenhauer (p 130).
Et Schopenhauer de prendre une image, celle du cours d'eau. Celui-ci peut s'écouler tranquillement ou s'élever en vagues. Cela dépend du vent. A l'eau il faut une cause, à l'homme des motifs.
Préface à l'Esssai sur le libre arbitre (p 11)

Suit également une analyse identique du remords introduite de façon similaire.

Cette dépendance est exprimée de manière tragique par l'analyse schopenhauerienne du remords.
Ecrits sur Schopenhauer (p 134).
L'expérience du remords est particulièrement éclairante.
Préface à l'Esssai sur le libre arbitre (p 12)

Comme on le voit les ressemblances (et je ne mentionne pas ici la similitude de l'approche, des articulations logiques) sont frappantes. La consultation du catalogue électronique (BN-Opale Plus) de la BNF m'apprend que Didier Raymond, outre Schopenhauer, a préfacé Nietzsche, Maupassant (auteur souvent cité par Rosset), Conan Doyle et a consacré à Mozart (musicien dont Rosset dit qu'il est pour lui unique ) un essai au sous-titre éminemment rossetien : une folie de l'allégresse.
On ne connaît, me semble-t-il (Le seul lien sur Google que je trouvais faisant le lien entre Rosset et Raymond étant, ironiquement, un entretien entre les deux hommes à propos de la dépression), on ne connait donc que deux pseudonymes à Rosset : Roboald Marcas et Roger Crémant. En avais-je découvert un troisième ? En ce début de soirée j'y croyais et j'y crois encore.

(A G. pour le remercier de son krama)

Addenda du 9 octobre 2010 : il apparaît que cette microscopique énigme est résolue