Ruines circulaires

Le Zèbre est peut-être de tous les animaux quadrupèdes le mieux fait et le plus élégamment vêtu.

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lundi 28 août 2006

Gisèle.

(souvenir).

Gilberte, Odette, Albertine....par quel étrange phénomène certains prénoms proustiens (y compris celui de l'auteur et ceux de ses proches) alors même que, selon Lucien Daudet, il (Proust) cherchait dans le Gotha les beaux prénoms de quelques-uns de ses personnage, par quel étrange phénomène donc, ces prénoms, qui n'ont pas seulement vieilli, ont-ils fini par perdre, par une sorte de glissement social, leur aura aristocratique pour acquérir une robustesse toute plébéienne ?
En classe de terminale, j'ai entretenu une brève liaison avec une camarade et bien que je fusse à une période de ma vie où un peu de publicité ne nuit pas à la réputation, j'ai tout fait pour maintenir cette aventure cachée. La jeune fille n'était pas vilaine, avait tous les attraits que notre désir prête aux femmes, dans quelque situation qu'elles puissent être mais elle s'appelait Gisèle. Cet âge est sans pitié; il y avait dans ces trois syllabes un je-ne sais-quoi, une forme de vulgarité qui me faisait horreur (Gi-sééél'). Il faut croire que je ne l'aimais guère.
L'histoire se termina fort mal puisqu'au milieu du deuxième trimestre, nous avions déja rompu depuis un certain temps (elle s'était rendu compte de mon petit manège), et pour des raisons qui me restent obscures elle quitta le lycée pour ne pas y revenir.
Je n'ai plus jamais entendu parler de Gisèle.

dimanche 27 août 2006

Butinage.

Le dimanche entre 18 et 20 h, on butine sur la toile.
Le journal Le Monde nous demande notre avis.
Jacques Chirac a décidé de porter à 2 000 soldats la contribution de la France à la Finul. Cet engagement vous paraît-il…
… excessif
… insuffisant
… ou approprié
A l'heure où j'écris 11 077 personnes ont répondu. 55,4% trouvent cet engagement approprié; 19,6% insuffisant; 16,4% excessif et 8,5% sont sans opinion.
Je suis tout de même surpris que 10 135 personnes aient un avis sur une question aussi technique et me demande sur quoi elles fondent leurs réponses.
Mais peut-être est-ce cela que l'on appelle la démocratie participative ?

lundi 21 août 2006

Fugit tempus.


Retour de Roissy Charles de Gaulle : ses alertes à la bombe, ses portes vitrées.

Nous nous étions amusés avec les portes vitrées, qui s'ouvrent seules. Nous y repassions, tantôt ensemble, tantôt l'un après l'autre, arrivant très vite, ou a contraire avec l'hésitation du voyageur qui s'apprête à poser ses valises, et à pousser les battants. Ils s'écartaient.
- C'est un cellule photo-électrique, me dit Gabrielle.
José Cabanis - La Bataille de Toulouse.

Paradoxalement, la cellule photo-électrique du roman de Cabanis (pour être précis le roman parut en 1966 et la scène, qui se concluera par la rupture des amants se passe à Orly) me semble beaucoup plus datée - ce qui d'ailleurs lui confère un certain charme, je me suis souvenu de cet épisode - que par exemple, les fameux monocles de la soirée Saint-Euverte dans la Recherche. Ces portes vitrées qui s'ouvrent seules me sont temporellement proches mais cette proximité est niée par la précision donnée quant à leur fonctionnement. Les mots de Gabrielle renvoient à un temps où, face à la nouveauté, il était nécessaire de donner une explication, temps qui n'est cependant pas assez éloigné de moi pour que je puisse le considérer comme exotique comme peut l'être le temps de Proust où les hommes portaient monocles, mais temps qui n'est plus le mien puisque justement de cette explication je n'en ai plus besoin.
Au fond, ce qui vieillit le plus vite c'est le passé proche.

En illustration Playtime de Jacques Tati.

samedi 19 août 2006

Au pays des doughnuts (le départ).


Quand on cherche des analogies, on perd des informations....
C'est un peu comme si on disait qu'un troupeau de vaches dans un pré ressemble à des boules de billard sur un tapis vert...
Au passage on perd effectivement le fait qu'elles produisent du lait...
Julien Z.

Le jeune homme, avec qui il m'arrive d'avoir des conversations sous des cieux étoilés, et à qui je demandais de m'expliquer la conjecture de Poincaré me répondit dans un premier temps que cela lui était difficile puisqu'il ne comprenait pas véritablement l'énoncé même du problème et toutes ses implications.
Les poix cassés n'en finissaient pas de cuire, se transformant peu à peu en une sorte de magma bouillonnant, lorsqu'il revint.
- Tu prends une nappe, en mathématique ça s'appelle une variété, tu peux toujours la plier, la déformer pour qu'elle devienne une sphère, en enveloppant un gros ballon par ex. Le mieux c'est d'avoir un nappe en caoutchouc.
Et bien dans la conjecture de Poincaré, c'est dans la dimension au-dessus. Dans l'exemple, la nappe est en deux dimensions dans un espace à trois, dans la conjecture de Poincaré c'est plus 1 pour chacun, une nappe à 3 dimensions dans un espace à 4.
Il faut évidemment que la nappe n'ait pas de trou et puis d'ailleurs avec une nappe non trouée on ne peut pas recouvrir un doughnut. Le doughnut est fondamentalement différent de la sphère, ils ne sont pas homéomorphes.
Des projections de purée de poix venaient maculer l'émail de la gazinière. Il avait cessé de pleuvoir mais l'atmosphère restait empreinte d'humidité.
On sonna à la porte.

Good luck my son... au pays des doughnuts.

mercredi 16 août 2006

Rires et chansons.

Soyons léger, c'est l'été...
La canicule, puis des températures inférieures d'au moins dix degrées aux normales saisonnières (les mythiques normales saisonnières), on ne peut pas vraiment dire que les conditions météorologiques suscitent l'hilarité. Heureusement, il nous reste Donald Westlake et Azouz Begag.

- J'aurais pu arriver avant. J'avais tout prévu. Je sais qu'il faut éviter la BQE (Brooklyn-Queens Expressway), ils font une piste cyclable.
- Sur la BQE ? dit Dortmunder. Impossible. Sur cette voie, la voiture la plus lente roule à Mach 2. Ils veulent y mettre des vélos...
- Une piste cyclable, précisa Stan. Ca fait plaisir aux écolos et ça fait plaisir à l'industrie du bâtiment car ils peuvent faire un boulot inutile au tarif syndical, et si jamais un écolo essaye d'utiliser cette piste cyclable, ça fera une raison de plus de se réjouir.
D.Westlake - Les sentiers du désastre (Trad : Jean Esch).

Et Azouz Begag ?
On apprend par le journal Le Monde que, dans le cadre de la lutte contre les discriminations, je cite, le ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, envisage de créer une formation pour les portiers de boîtes de nuit, assortie d'un diplôme national.

dimanche 6 août 2006

Evidence (Only angels have wings)



Rio Bravo - H. Hawks.

Le dimanche c'est chef-d'oeuvre, tout simplement !

jeudi 3 août 2006

Ce que je crois.


Alors que la jeune femme, une adepte des Témoins de Jéhovah, s'approchait de moi, je lui lançais, afin de m'en débarrasser au plus vite, par provocation et pour faire l'intéressant : Ce n'est pas la peine, je suis catholique et athée.
Comme toute boutade, celle-ci avait un fond de vrai. Peut-être aurait-il fallu dire pour être au plus de proche de la vérité, la mienne, que je me sentais catholique et athée. Que je me sentais seulement puisque l'être, catholique et athée, de manière effective cela n'est guère possible.
Lors de son arrestation et cherchant à comprendre les raisons de celle-ci, Paul déclare : A moins qu'il ne s'agisse de cette seule parole que j'ai criée, debout parmi eux. C'est sur la résurrection des morts qu'on me juge aujourd'hui devant vous, sur l'affirmation que le christ ayant souffert est le premier ressuscité des morts. Et c'est précisément en cette parole scandaleuse que je n'arrive pas à croire.
Fallait-il voir dans ma réaction l'influence de l'écoute, ces derniers jours, tard dans la nuit et de manière quasi inconsciente, en raison même de l'heure tardive, de la voix voilée et des gloussements de François Mauriac.
Bloc-notes du 7 février 1953 (à propos de deux concertos de Bach et Mozart)
Que ces deux concertos aient été contenus en puissance dans la matière originelle, dans la première cellule vivante, comment le croire ? Reconnaisez d'abord que vous avez une âme, alors Dieu vous sera donné.(...)
Il n'existe pas de mythe Rimbaud, mais une déposition qui persuade Claudel et qui est entendue aussi par André Breton. Oui, un témoin...mais nous ne sommes pas d'accord sur le sens ni sur la portée du témoignage. Et ce qu'il était venu nous dire, Rimbaud, lui même l'avait oublié.
On est tout de même à mille lieues de ''la vulgarité'' d'un Michel Onfray.

mardi 1 août 2006

Géopolitique.

A S. qui me disait avoir apprécié le lien menant à l'intervention de Jean-Claude Casanova - comme il est doux ne pas se sentir complètement inutile - j'expliquais que si j'en avais fait mention c'est en pensant à l'intervention israélienne au Liban, qu'il me semblait que la méthode proposée par Casanova permettait de comprendre les motivations du gouvernement israélien. Et que, d'autre part, en mettant l'accent sur une définition de la politique comme l'alliance de la décision et de l'incertitude, l'auteur montrait bien qu'il ne peut y avoir de politique, ou alors on n'est pas dans l'ordre du politique, qui ne s'incarne dans le réel, qui ne finisse par avoir des effets aussi "désagréables" puissent-ils être.
Le soir même où j'écrivais ce post, j'ai lu cette histoire (via Foire à tout) qui finalement résume assez bien le problème.

Trois touristes, un Américain, un Français et un Israélien, sont capturés par des cannibales. Leur chef leur annonce qu’ils vont être cuits et mangés. Mais comme c’est aussi un gentleman (X, ENA etc.) il leur propose de leur accorder leur dernière volonté à chacun.
L’Américain demande un Scotch et un gros hamburger. Il est exaucé.
Le Français demande un Bordeaux et un cassoulet. Il est exaucé.
L’Israélien lui sollicite que le chef cannibale veuille bien lui pincer le derrière.
Ce dernier le regarde hébété et signifie à son prisonnier qu’il ne comprend peut-être pas qu’il s’agit de sa dernière volonté ici-bas. L’Israélien maintient qu’il désire bien que le chef cannibale le pince au derrière. Ce dernier s’exécute après quoi l’Israélien sort un gros calibre et abat le chef cannibale.
Les deux autres, stupéfaits, lui demandent : « Mais si vous possédiez de quoi vous défendre, pourquoi avez-vous attendu qu’il vous pince le derrière ? »
L’Israélien répond : « Je ne voulais pas qu’on m’accuse de réaction disproportionnée.

Moins drôle mais fort intéressant l'article d'Ariel Colonomos dans le journal Libération du jour :
La riposte d'Israël contre le Liban semble excessive. Elle n'est pourtant pas irrationnelle.
Le chercheur (Ariel Colonomos est chercheur au CNRS (Ceri), enseignant à Sciences-Po et à l'université Columbia de New York) insiste sur la nouvelle définition de la proportionalité qu'implique l'intervention israélienne. Il ne s'agit plus de mesurer les dangers et les peines au temps présent (c'est moi qui souligne), mais de se prémunir contre une attaque future (Pour autant, il n'est pas possible de faire l'impasse sur le danger que représentent 10 000 roquettes déployées aux frontières), de placer dès maintenant la barre au plus haut.

Mais la proportionnalité a ici un autre sens. Comme, à moyen et à long terme, le coût de l'inaction est très conséquent, les Israéliens prennent des mesures lourdes pour prévenir des attaques en voulant créer la dissuasion, surtout en détruisant les infrastructures d'un ennemi dont les intentions malignes sont avérées. Cette différence avec l'usage classique de la proportionnalité (mesurer les dangers et les peines au temps présent) rend délicat le maniement de cette catégorie.

D'autre part Colonomos montre bien l'utilisation faite par le Hezbollah des populations civiles (avec ou sans leur consentement) comme force de dissuasion.

Les mouvements terroristes et les milices font payer le prix de leurs agissements aux civils des Etats où ils s'installent. Leurs dirigeants jouent sciemment avec la proportionnalité (et la discrimination civils­militaires) en instituant un jeu radicalement pervers. Les dirigeants du Hezbollah semblent avoir été les premiers surpris de constater qu'Israël a décidé de ne pas s'y laisser prendre.

D'un coté donc un Etat dont la riposte peut sembler excessive, de l'autre une organisation qui renverse la règle classique qui veut que les militaires mettent en jeu leur vie, tandis que les civils ne doivent pas être exposés.
La proportionnalité aurait-elle fait son temps et quelles sont les alternatives ? se demande Colonomos.

Il faut partir de principes pour appeler des solutions pragmatiques, compte tenu de la nécessité de prévenir des dangers sérieux. En complément de la retenue, l'idée ancienne de la minimisation de la souffrance inutile et indue est centrale. Afin de ne pas voir l'armée israélienne faire le travail qu'aurait dû faire une «police mondiale», c'est aux Etats d'être suffisamment coercitifs pour empêcher des aventures telles que celle du Hezbollah. Il est urgent d'établir des règles claires qui rendent hors la loi la prise en otage des civils, cela même lorsqu'ils sont consentants. Les civils sont soit peu informés ou aveugles de la proximité des combattants, soit habitués à les côtoyer et enclins à accepter leur voisinage. Ils peuvent aussi être des sympathisants. Il est urgent d'instaurer un débat qui pose les implications de ce consentement et définit des règles d'action. Il est trop tard, après coup, de déplorer dans la perplexité l'usage des boucliers humains. Il faut exiger des Etats qui décident de faire usage de la force pour combattre un danger imminent ou sérieux qu'ils consultent d'autres membres de la société des Etats, instituer une logique de coalition dans la concertation. L'absence d'une réponse sérieuse vaudrait consentement. Aujourd'hui, les Etats occidentaux ne condamnent pas formellement Israël mais certains de ses dirigeants réprouvent sa conduite. Quelle autre solution auraient-ils eu à proposer ? L'usage de la force implique la responsabilité de tous les belligérants, de leurs complices, de ceux qui les abritent, des Etats tiers. Un préalable pour remédier à la souffrance des innocents.

Au fond ce que Colonomos demande à la communauté internationale c'est de faire de la politique.



On lira également avec profit les analyses de Ludovic Monnerat, ainsi que l'article du New York Times sur l'utilisation des populations civiles.