It is not a tale, it is a trap.
Hyde (BBC, 2007)

Deux esquisses sur L’Etrange Cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde.

Le roman est organisé en trois parties :
- 1) Le point de de vue de Utterson qui se méprend tout a long de son récit. Il voit, mais ne comprend rien. Cette partie se termine par la découverte du corps de Hyde qui vient probablement de se suicider.
- 2) Récit du docteur Lanyon, collègue de Jekyll. Il voit, mais il en meurt.
- 3) Récit du docteur Jekyll où il donne sa version de l’affaire et apporte l’explication en revenant sur des éléments de la première partie.

Ainsi donc, tandis que je pose ma plume et entreprends de sceller ma confession, je mets un terme à la vie du malheureux Henry Jekyll.

Ce sont là les derniers mots du texte, ce récit est donc écrit préalablement à la dernière transformation. Si Jekyll a littéralement le dernier mot, c’est Hyde qui mettra le point final. Entre les deux, rien.
Mais qu’a-t-il bien pu se passer dans le cabinet du docteur Jekyll ?

- Simplification hollywoodienne : lutte du bien contre le mal.
- Simplification borgésienne : lutte du couple (bien/mal) contre le mal.
« Dans le roman de 1886, le docteur Jekyll est moralement double, comme le sont tous les hommes, cependant que son hypostase - Edward Hyde- est un scélérat sans trêve et sans alliage. (Borges) »
Borges ne simplifierait-il pas lui aussi en faisant de Hyde un scélérat sans trêve et sans alliage ?
Pour Hollywood et pour Borges, mais de manière un peu plus subtile pour l’argentin, Hyde est une conscience sans rapport avec celle de Jekyll. Pour le dire autrement, en employant les mots de Hume, la cohésion du moi est une fiction. Il n’y a donc point de continuité entre Jekyll et Hyde, seuls sont partagés l’espace et le temps. Dans les séries évoquées les doubles ne partagent aucun souvenir et communiquent par messagerie interposée.
Or s’il est un élément frappant à la lecture du texte de Stevenson, c’est que Jekyll se souvient de Hyde et à l’inverse Hyde de Jekyll, ce qui explique la haine qui les oppose en l’un et en l’autre. On retrouve ici les thèses de Locke fondant l’identité sur la continuité de la conscience dans le temps. Le problème de Jekyll et de Hyde, c’est qu’ils se reconnaissent comme étant toujours le même, et ce au-delà des apparences physiques. Bref ce qui est fascinant c’est que « la morale de l’histoire n’est pas qu’un homme puisse se séparer de sa conscience, mais qu’il ne le puisse pas » (Chesterton).