Court séjour en Stendhalie. Fabrice à Waterloo, la débâcle.
...le tapage sur la grande route continuait, et avait duré toute la nuit : c'était comme le bruit d'un torrent entendu dans le lointain.
- Ce sont comme des moutons qui se sauvent, dit Fabrice au caporal, d'un air naïf.
Et là, dans le train, se demander ce qu'avait du ressentir, en juin 40, un jeune homme lisant la Chartreuse faces aux foules de l'exode. Et songer que Maurice Bardèche, collaborateur, et Jean Prévost, résistant mort dans le maquis du Vercors, furent de grands stendhaliens.
Détour chez Hobbes, J'ai cependant envie de relire Hobbes (Stendhal - Journal, 1804). Pierre Manent dans son Histoire intellectuelle du libéralisme montre bien comment la notion d'individu est au coeur de la pensée de Hobbes. Si par individu, on entend un être dont la volonté n'appartient qu'à lui, la volonté est chose de l'individu, elle ne peut être représentée, alors cette volonté ne peut trouver une règle que dans une autre volonté qui doit lui imposer obéissance; le pouvoir du souverain (peu importe qu'il soit un ou plusieurs) ne lui appartenant que parce qu'il lui est donné par ses sujets. Paradoxalement, c'est parce que la souveraineté illimitée est extérieure aux individus qu'elle est garante de leur liberté. Ce que la loi n'interdit pas, je suis libre de le faire. Point d'idée de volonté générale chez Hobbes qui empiéterait sur l'intégrité de l'individu; Hobbes (je cite Manent) est absolutiste parce qu'il est très rigoureusement individualiste.
Ces quelques lignes simplificatrices (trop!) n'ont pas la prétention à l'exhaustivité mais, à l'heure où un président de la République va se faire interroger par un panel de jeunes représentatifs (c'est moi qui souligne ) et un quarteron d'animateurs de télévision, ce détour par Hobbes est assez revigorant.
Retour à Stendhal. Quelquefois son imagination ardente lui cachait les choses, mais jamais avec elle il n'y avait de ces illusions volontaires que donne la lâcheté. (La Chartreuse de Parme). Stendhal disait du roman : C'est un miroir qu'on promène le long du chemin. S'y voir, à fortiori en creux, n'est pas toujours une chose agréable.